Ça y est, je pars…

Ça y est, je pars… - Dino Lepage

Aujourd'hui est un jour marquant dans ma vie. Après avoir travaillé 12 ans dans la même société, je termine aujourd'hui mes services. J'ai décidé de démissionner il y a un mois, car je n'arrive plus à avoir une vie épanouie avec la pression que j'ai au travail, mon rythme de vie qui se limite uniquement à la maison et au bureau et ma volonté de prendre une petite pause.

Je viens d'avoir 30 ans ce mois-ci. J'ai commencé à travailler cette société à l'âge de 18 ans. Cela fait donc maintenant 12 ans que j'ai la même vie. Je me lève tous les matins à 6h. Je prends une douche, je prends mon petit-déjeuner. Et là, direction l'arrêt d'autobus, pour rejoindre mon petit bureau qui manque de lumière et d'aération. Fort heureusement, je n'y reste pas bien longtemps, car avec les autres collaborateurs, on se rend chaque jour sur un chantier où on a besoin de nous. À noter que la société pour laquelle je travaille œuvre dans le domaine de la décontamination moisissures. Même après ces 12 ans de services, je suis encore resté à mon premier poste. Je n'ai jamais eu de promotion. J'ai juste eu une augmentation salariale une fois et c'est tout. Quant à mon superviseur, qui n'est autre que le cousin de notre PDG lui-même, il ne m'a jamais beaucoup apprécié. Beaucoup d'employés, plus jeunes que moi dans l'entreprise, ont déjà eu des promotions. Comme moi, je suis plutôt du genre qui ne parle pas beaucoup et qui accepte, j'ai continué ma vie comme si de rien n'était. Les pressions, c'est tous les jours. On nous demande de faire trois, et parfois quatre chantiers dans la journée. Et pourtant, il faut à peu près 4 heures pour chaque chantier. Quand on n'arrive pas à terminer le quota, le lendemain matin, il faut fournir des preuves tangibles.

C'est comme ça que j'ai passé ces 12 années, du moins jusqu'à ce qu'un jour, mon superviseur m'a refusé une permission parce qu'il fallait que je ramène ma fille chez le médecin et que ma femme ne pouvait pas y aller avec elle. Malgré son refus, je suis quand même allé chez le médecin avec ma fille. Le lendemain, il m'a dit que ce jour sera déduit de mon salaire. Il a aussi sorti des mots blessants comme quoi je suis remplaçable, mais il faut juste le lui dire.

Je ne sais pas ce qui m'a pris. C'est comme si j'ai eu une autre force en moi. J'ai pris un stylo et un papier. Je suis allé sur internet pour trouver des exemples de lettre de démission et j'ai rédigé la mienne. Trente minutes plus tard, je suis allé déposer ma lettre de démission sur le bureau de mon supérieur. Je me souviens encore de la tête qu'il a faite. Il ne s'attendait pas du tout à ce que je réagissais ainsi. Il pensait que j'étais toujours cette personne qui acceptait tout. Mais malgré ça, il se refusait à faire apparaître un quelconque trouble sur son visage. Il a dit qu'il a bien reçu la lettre et que je peux continuer mon travail. Le lendemain, le directeur lui-même m'a fait venir dans son bureau. Celui-ci a essayé de me retenir en avançant des arguments comme quoi il allait m'affecter à un autre poste. Mais moi, je suis bien décidé à partir. Je me suis rendu compte que je n'ai plus de vie à force de travailler de la sorte.

Je termine donc mes services aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui va se passer après, mais je suis persuadé que je vais m'en sortir. En tout cas, aujourd'hui, les collègues ont décidé d'organiser un 5 à 7 pour mon départ. Jusqu'à ce que je sois parti, je n'ai plus croisé mon superviseur. Les décisions passaient jusque-là par interposition.