Une sœur dans l’esthétisme

Une sœur dans l’esthétisme - Dino Lepage

La première fois que je voyais une injection de Botox, c’était ma sœur qui la faisait sur une patiente. Elle avait, après plusieurs années d’études de chirurgie, viré vers la chirurgie esthétique, pour se faire beaucoup plus d’argent. Elle avait ouvert son centre de chirurgie esthétique, en plein centre-ville de Montréal, depuis deux semaines. Elle m’avait demandé juste après l’ouverture, de lui faire la conception de tous les supports graphiques et médias, pour se faire connaître assez rapidement. Je revenais vers elle trois jours plus tard, avec une maquette de pamphlets, de cartes d’affaires, de posters, ainsi que d’un magazine.

Je ne bloquais que sur une seule chose, les slogans. Je n’arrivais jamais à trouver celui qui lui plaît vraiment. J’avais tourné des centaines de phrases dans tous les sens, en cherchant à leur garder un sens, pour faire comprendre aux futurs clients, tout ce qui était possible à se faire refaire dans ce centre d’esthétique. Après deux heures de travail acharné, je décidais de trouver le slogan moi-même. Comme pour l’instant, la plupart des clients étaient des femmes qui venaient se faire donner des injections de Botox, je décidais de poser cette phrase au-dessus de chaque pamphlet.  « Le meilleur endroit pour lebotox Montreal. » Elle boudait pendant plusieurs semaines, avant de m’appeler pour me dire que j’avais trouvé juste celui qu’il fallait. Simple et compréhensible, voilà les mots qu’elle utilisait pour me féliciter.

Elle me demandait de revenir quelque temps plus tard pour tout refaire. Elle avait l’intention d’ouvrir d’autres centres d’esthétique à Montréal, mais aussi dans tout le Québec. Elle gardait le slogan pour Montréal, mais me demandait de changer toutes les circulaires, et tous les posters, pour que chaque centre d’esthétique soit identifiable par sa propre image. Pour moi, le travail n’était pas trop dur. Pendant que j’arrangeais des images grâce à des milliers de trucages avec Photoshop, elle arrangeait des visages grâce à des milliers de piqûres d’injections de Botox. Elle me disait toujours que mon travail n’était rien par rapport au siens, qui lui, avait raison d’être, sur le fait de réussir à arranger, pendant un certain temps, des défauts, ou des traces de vieillissement, alors que moi, je ne faisais que des trucages facétieux, menant à la tromperie selon elle. Je n’ai jamais voulu répondre à ces attaques. Il est vrai que j’utilisais Photoshop pour travailler des images, pour rendre un certain esthétisme qui pouvait plaire selon le moment. Je n’ai jamais essayé de transformer quoi que ce soit, si ce n’est de transmettre des idées, ou des images. À chacun son métier.